J’ai fait un rêve étrange cette nuit. Je rentrais au duché, me réjouissant de revoir mes sœurs et mon père, marchant au milieu des champs fertiles, lorsque soudain une ombre s’est abattue sur le paysage, venue de l’Est. Elle progresse rapidement et semble tout avaler sur son passage, terre, cieux et soleil. Elle ne laisse que débris et désolation derrière elle. Tout perd couleur et vie, sauf moi.
Je suis dans le château, maintenant. Il est en ruines, et des cadavres desséchés remplacent les vivants. Je monte jusqu’à la salle du trône. Mon père m’y attend… mort lui aussi, mais toujours aussi droit et digne sur son trône. Je devine aussi la présence de mes sœurs parmi tous ces cadavres, mais je n’ai pas le temps de m’y attarder. Une voix d’outre-tombe jaillit des mâchoires de mon père
« Tu es revenu trop tard, Alejandro, trop tard… Le Soleil Noir a tout consumé, et il ne me reste plus que des morts comme sujets. Mais ce sont désormais tes sujets, Alejandro… Alors, viens, mon fils, et prends la place qui a toujours été tienne... »
L’instant d’après, tous les cadavres ont disparus, et je suis assis sur le trône ; je ne peux pas bouger, je sens que je me décompose petit à petit. Je hurle, mais rien n’y fait : je tombe en poussière petit à petit… Juste avant de me réveiller, en nage, bien sûr. Le tatouage sur mon cœur me fait mal. J’ai l’impression qu’il brille, mais je ne suis sans doute pas encore tout à fait réveillé.
Quelqu’un frappe à la porte. Je vais ouvrir. C’est un novice du monastère qui m’invite à venir déjeuner. L’esprit toujours embrumé, je prends mon temps pour me préparer avant de rejoindre mes amis. Après le repas, j’apprends que frère Tharn souhaite nous parler. Bien.
C’est un homme d’âge mûr, barbe et cheveux bruns. La pièce est petite, et visiblement destinée à l’études de livres et de parchemins, si j’en juge par leur nombre. A côté du moine se tient un gnome. Frère Tharn nous accueille avec un grand sourire, avant de désigner le gnome pour nous le présenter. Keddig, de Lunargent, qui va travailler avec nous.
Il se lance alors dans un discours dont j’ai recopié ici le principal :
« Je suppose que vous avez des questions sur la cause que nous servons. Laissez-moi donc vous expliquer plus en détail. Notre ordre a été fondé dans un but bien précis ; empêcher l’accomplissement d’une prophétie promulguée par Alaundo le Prophète. Cette prophétie parle de l’avènement de ténèbres sur le monde et de destructions sans précédents. Malheureusement, ses propos sont sujets à interprétation et nous ne savons pas la nature de cette menace – nous avons juste des indications. Ce sont ces dernières qui nous ont menés à vous ; d’après la prophétie, vous avez un rôle à jouer dans cette histoire. Un rôle très important, et c’est pour cela que nous avons tout mis en œuvre pour vous ramener ici. Ce que nous attendons de vous, c’est que vous accomplissez votre destinée. Il vous faudra la découvrir, et nous sommes là pour vous aider à le faire. C’est pour cette raison que deux de nos frères vous accompagneront dans vos voyages à partir de maintenant, Maxence de Beaufort et Icariel. J’aimerais également que vous emmeniez Keddig avec vous. Tous ont des compétences qui vous seront sans nul doute très utiles. Et surtout, ils vous aideront à prendre votre revanche sur celui qui vous a défaits...
Nous avons récolté des informations sur ce Roi Ogre. Il se pourrait bien qu’il ait des liens avec les forces de l’ombre que nous cherchons à combattre. Quoiqu’il en soit, nous ne pouvons laisser une telle menace en liberté. Il est de notre devoir d’y mettre un terme. »
Les autres hochent alors de la tête, apparemment d’accord avec lui. C’est le moment que choisit Theucis pour prendre la parole ; il cherche à soutirer de l’argent au moine, mais ce dernier répond que les ressources du monastère sont limitées et sont principalement dévouées à l’étude et à la connaissance. Je souris. Juste avant de nous congédier, il confie tout de même une vieille carte à Theucis. Tout le monde part ensuite préparer ses affaires, sauf Ioreth, qui reste en arrière pour discuter avec le moine.
Le voyage vers Eauforte se passe sans encombre, mais notre arrivée en ville est moins évidente. Les portes sont fermées et les gardes à cran. Ils ont entendu parler d’une armée de morts-vivants dans la région. Theucis manque de faire dégénérer la situation, mais nous finissons tout de même par entrer.
Nous allons immédiatement rendre une petite visite au capitaine Feuilleherse. La ville semble encore moins peuplée que lors de notre dernière visite. Le capitaine paraît soucieux et nous explique qu’une grosse troupe de squelettes nains ont été aperçus dans la région, et qu’il craint pour la sécurité de la ville. Nous nous portons volontaires pour aider à la défense de la ville en cas de besoin.
Le lendemain, après le déjeuner, Feuilleherse nous fait mander. Il a reçu un rapport de l’un de ses éclaireurs, faisant état d’un squelette géant et d’un gobelin rachitique voyageant vers la Chute du Dragon. D’après lui, cet endroit serait la tombe d’un puissant dracoliche. C’est un lieu maudit, rempli d’énergie maléfique… Feuilleherse voudrait que nous nous occupions de cet étrange couple avant qu’il ne commette quelques méfait. Mes compagnons acceptent.
Je décide de rester en ville pour aider la milice. D’une part, je me sens plus utile auprès de ces pauvres gens, d’autre part, je ne suis pas convaincu de nos chances de succès si le squelette géant est celui qui nous a massacré la dernière fois.
Le reste de la journée se passe dans une attente anxieuse. Qui verrais arriver d’abord, mes compagnons victorieux ou une horde de morts-vivants ?
En début de soirée, la bonne nouvelle se répend comme une trainée de poudre : un groupe d’aventurier revient vers la ville, arborant fièrement la tête d’un énorme squelette et le corps d’un nécromant gobelin. Je suis parmi les premiers en ville à aller les féliciter. Je m’en veux un peu de n’avoir pas osé les accompagner, mais au final, ils s’en sont bien sortis et c’est le principal.

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