Après une courte discussion sur la meilleure manière de descendre les escaliers, le frère d’Ioreth – je ne parviens toujours pas à prononcer son nom correctement, et je ne parle même pas de l’orthographier – commence à descendre. Il nous informe que des niches funéraires, contenant des squelettes de nains, décorent les murs d’un des côtés de l’escalier, l’autre plongeant dans le vide directement. Notre éclaireur se méfie de ces squelettes et entreprend de lancer une torche arrachée au mur sur le plus proche, c’est à dire vers le mur opposé à lui, de l’autre côté de gouffre. Son premier lancer ricoche ; la torche termine son parcours une trentaine de mètres plus bas, bientôt suivie par une seconde puis une troisième, le bruit du bois contre la pierre étant couvert par les jurons de l’éladrin.
Je pense ne pas être le seul, à ce moment précis, à regretter de l’avoir autorisé à nous accompagner. Je décide de prendre la direction des opérations, et m’engage franchement dans l’escalier, dépassant sans m’arrêter le premier squelette, malgré les avertissements de… Machin. Si le premier squelette s’est effectivement montré très calme – très mort, pour tout dire – je dois reconnaître que mon compagnons n’avait pas tout à fait tort de s’inquiéter : le second a en effet bondi de son alcôve pour essayer de me pousser au bas des escaliers. Heureusement, mes bons réflexes m’ont évité une fin tragique.
A sept contre deux malheureux squelettes, le combat est une formalité, même si nous avons manqué de perdre Ioreth qui s’était retrouvée, pour une raison que je ne m’explique pas, en première ligne. L’insouciance de mes compagnons éladrins frise l’inconscience et je le leur fait remarquer…
Arrivés au bas de l’escalier, nous faisons face à un unique couloir. Bien, cela nous évitera de réfléchir. Quoique… Le demi-elfe nous suggère d’adopter un ordre de marche cohérent, pour faire face plus efficacement à ce qui nous attend sans doute au bout de ce couloir.
Dix minutes plus tard, fin de la discussion. Nous nous mettons en route, à peu près dans le même ordre qu’auparavant. Elnewen soupire.
Au bout du couloir, on entend des bruits, comme une sorte de mélopée. Des machins magiques de gobelins, à coup sûr. En effet, un gobelin en robe de bure, debout sur une stèle de pierre domine une petite pièce où se trouvent trois autres gobelins en armes et une poignée de nains morts-vivants.
Nous voyant arriver, le gobelin sur la stèle, d’un air qu’il veut grandiloquent, nous demande le but de notre visite. Je lui répond que nous venons livrer les deux tonnes de foin commandées et lui demande où il veut que nous déposions la marchandise. Tandis qu’il me demande, incrédule, de répéter, mes compagnons et moi-même nous lançons à l’attaque.
Je fais de mon mieux pour m’extraire du couloir au plus vite et atteindre la salle et les gobelins avant que leur chef n’ait le temps d’incanter quelque sort néfaste. Quelques passes d’armes devraient suffire… Mais non. Est-ce la précipitation ? Les ténèbres ? Pas moyen de toucher mes adversaires. Et si je finis par entrer dans la pièce, c’est pour m’y retrouvé englué dans une masse de nains plus très frais, et coupé de mes compagnons qui ont préféré reculer dans le couloir pour la plupart. Seul Che-Khan et Elnewen ont tenté de me suivre, mais nos adversaires sont coriaces et protègent bien leur chef, qui ne cesse ses gesticulations et salamalecs.
J’entends que Théucis et Ioreth incantent eux aussi. Un trait d’énergie sombre frappe d’ailleurs le gobelin sur sa stèle, qui juge du coup plus prudent d’en descendre pour être moins exposé. Joli coup, mais qui éloigne encore un peu ma cible de mes pics…
J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de nain. J’ai aussi l’impression que tous mes coups tombent dans le vide. Elnewen est à côté de moi, il m’encourage. Pas moyen de s’approcher du chaman, dont le rire fou commence à me taper sur les nerfs.
A côté de moi, Elnewen est tombé. J’entends le bruit du combat de mes autres compagnons mais je ne les vois plus.
Je tombe à mon tour. Je sens la poigne de Dhorgar, qui me remet debout.
Encore des coups.
Je frappe. Dans le vide. Toujours.
Nains trop petits.
Le gobelin n’incante plus. Enfin.
La stèle explose. Un squelette immense…
Un coup sur la tête. Encore un.
Le noir.
