mardi 10 novembre 2009

Bazars & malandrins

Suite à leur glorieuse victoire, mes compagnons n’aspiraient qu’à prendre un peu de bon temps. Malheureusement, la vie d’aventurier ne laisse pas toujours de temps aux délassements. D’abord, les formalités administratives avec Feuilleherse, bien sûr, qui nous suggéra de nous organiser en compagnie d’aventurier. J’étais assez d’accord, ça nous simplifierait la vie dans beaucoup de contrées, et ce n’est guère contraignant.

Le nom que nous avons retenu fut “compagnie de Coeursoleil”, le nom que j’avais proposé. Seul Theucis semblait ne vraiment pas l’apprécier. Nous avons laissé une partie des statuts de la compagnie en suspens parce que la foule se pressait à la Choppe Verte pour parler aux nouveaux héros.

En soirée, Je suis allé prier dans le seul temple de la ville, pour avoir autant de calme. C’était sans compter sur Theucis qui est arrivé, sur les bras Che-Khan. Le tieffelin était mal en point, et ils venaient chercher l’aide de prêtre, qui ne put d’ailleurs pas faire grand chose… Le fou s’était appliqué un morceau de métal chauffé à blanc sur la poitrine, sans doute pour cacher le tatouage sur son cœur. Nous l’avons ramené à la taverne et mis au lit.

La raison principale pour laquelle la vie d’aventurier n’est pas reposante, c’est que si vous restez sur place un petit moment, vous êtes vite connu, et c’est vers vous qu’on vient pour régler toute sorte de petits problèmes agaçants. Avec la nouvelle notoriété de mes compagnons –dont je profite aussi– bien sûr, ça n’a pas raté.

Raumandar, un employé du bazar d’Eauforte, est venu nous trouver dès que nous avons pu souffler un peu. Une affaire de Racket. Un certain “seigneur des ombres”, chef de la pègre locale, prétendait soutirer aux commerçant une taxe de protection que la patronne de Raumandar ne souhaita pas payer. Les sbires dudit seigneur se faisaient menaçants, et le pauvre homme craignait de prendre un mauvais coup…

Nous pouvions difficilement refuser d’aider le pauvre homme. Même Theucis et Che-Khan semblaient plutôt partant, bien que la récompense promise ne soit pas bien grande. Je crois qu’ils ont déjà eu à faire à ces malandrins et qu’ils sont ravis de leur mettre les bâtons dans les roues.

Nous nous sommes donc mis en planque, dans et autour du bazar, pour tenter de voir le racketteur et de le suivre jusqu’au repère de la bande. Une fois sur place, on passerait à la méthode musclée.

Malheureusement, tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Un homme est bien entré, a exigé de l’argent, puis est ressorti. Nous l’avons suivi, mais il s’est douté de quelque chose et a pris la fuite vers le quartier le plus pauvre de la ville. Un vrai coupe gorge : des ruelles et des culs de sac… Pas étonnant que la lie de la ville s’y cache. Quoi qu’il en soit, nous avons perdu sa trace, et toute la bande doit savoir que nous sommes sur leur piste. Et donc, ils vont se méfier, maintenant.

Nous sommes retournés à la taverne discuter de la manière de gérer la suite. Maxence et moi resterions au bazar pour protéger les employés pendant que le reste du groupe irait à la pèche aux infos. Tout s’est bien passé de notre côté, mais il semble que la journée de nos amis ait été agitée.

De ce que j’ai compris, Theucis a encore fait des siennes, devant le manoir Luneflamme, la demeure de la famille dirigeante d’Eauforte. D’après Ioreth, le tieffelin aurait tenté d’obtenir un sceau de réquisition, afin de pouvoir se procurer du matériel magique gratuit. Theucis et Che-Khan contestent la version d’Ioreth, mais Icariel la confirme. Inutile de dire à qui je fais le plus confiance. Heureusement, la rumeur impute l’échauffourée qui s’en est suivi au seigneur des ombres.

De ce que je sais, nos compagnons se sont séparés en cours d’après midi, certains continuant la chasse aux infos, d’autres attendant un certain Curuvar, un mage, à la Choppe Verte. Je suppose que ce dernier a des informations valables.

De notre côté, la nuit vient de tomber, rien à signaler de toute la journée. Maxence et moi continuons les tours de garde au bazar. Plus aucune nouvelle des autres depuis quelques heures. Je suppose qu’ils ont trouvé une piste…

lundi 9 novembre 2009

Ruines & nécromants

Voici le groupe à peine réuni, et déjà les affaires reprennent. Tant mieux.

J’ai fait un rêve étrange cette nuit. Je rentrais au duché, me réjouissant de revoir mes sœurs et mon père, marchant au milieu des champs fertiles, lorsque soudain une ombre s’est abattue sur le paysage, venue de l’Est. Elle progresse rapidement et semble tout avaler sur son passage, terre, cieux et soleil. Elle ne laisse que débris et désolation derrière elle. Tout perd couleur et vie, sauf moi.

Je suis dans le château, maintenant. Il est en ruines, et des cadavres desséchés remplacent les vivants. Je monte jusqu’à la salle du trône. Mon père m’y attend… mort lui aussi, mais toujours aussi droit et digne sur son trône. Je devine aussi la présence de mes sœurs parmi tous ces cadavres, mais je n’ai pas le temps de m’y attarder. Une voix d’outre-tombe jaillit des mâchoires de mon père

« Tu es revenu trop tard, Alejandro, trop tard… Le Soleil Noir a tout consumé, et il ne me reste plus que des morts comme sujets. Mais ce sont désormais tes sujets, Alejandro… Alors, viens, mon fils, et prends la place qui a toujours été tienne... »

L’instant d’après, tous les cadavres ont disparus, et je suis assis sur le trône ; je ne peux pas bouger, je sens que je me décompose petit à petit. Je hurle, mais rien n’y fait : je tombe en poussière petit à petit… Juste avant de me réveiller, en nage, bien sûr. Le tatouage sur mon cœur me fait mal. J’ai l’impression qu’il brille, mais je ne suis sans doute pas encore tout à fait réveillé.

Quelqu’un frappe à la porte. Je vais ouvrir. C’est un novice du monastère qui m’invite à venir déjeuner. L’esprit toujours embrumé, je prends mon temps pour me préparer avant de rejoindre mes amis. Après le repas, j’apprends que frère Tharn souhaite nous parler. Bien.

C’est un homme d’âge mûr, barbe et cheveux bruns. La pièce est petite, et visiblement destinée à l’études de livres et de parchemins, si j’en juge par leur nombre. A côté du moine se tient un gnome. Frère Tharn nous accueille avec un grand sourire, avant de désigner le gnome pour nous le présenter. Keddig, de Lunargent, qui va travailler avec nous.

Il se lance alors dans un discours dont j’ai recopié ici le principal :
« Je suppose que vous avez des questions sur la cause que nous servons. Laissez-moi donc vous expliquer plus en détail. Notre ordre a été fondé dans un but bien précis ; empêcher l’accomplissement d’une prophétie promulguée par Alaundo le Prophète. Cette prophétie parle de l’avènement de ténèbres sur le monde et de destructions sans précédents. Malheureusement, ses propos sont sujets à interprétation et nous ne savons pas la nature de cette menace – nous avons juste des indications. Ce sont ces dernières qui nous ont menés à vous ; d’après la prophétie, vous avez un rôle à jouer dans cette histoire. Un rôle très important, et c’est pour cela que nous avons tout mis en œuvre pour vous ramener ici. Ce que nous attendons de vous, c’est que vous accomplissez votre destinée. Il vous faudra la découvrir, et nous sommes là pour vous aider à le faire. C’est pour cette raison que deux de nos frères vous accompagneront dans vos voyages à partir de maintenant, Maxence de Beaufort et Icariel. J’aimerais également que vous emmeniez Keddig avec vous. Tous ont des compétences qui vous seront sans nul doute très utiles. Et surtout, ils vous aideront à prendre votre revanche sur celui qui vous a défaits...
Nous avons récolté des informations sur ce Roi Ogre. Il se pourrait bien qu’il ait des liens avec les forces de l’ombre que nous cherchons à combattre. Quoiqu’il en soit, nous ne pouvons laisser une telle menace en liberté. Il est de notre devoir d’y mettre un terme. »

Les autres hochent alors de la tête, apparemment d’accord avec lui. C’est le moment que choisit Theucis pour prendre la parole ; il cherche à soutirer de l’argent au moine, mais ce dernier répond que les ressources du monastère sont limitées et sont principalement dévouées à l’étude et à la connaissance. Je souris. Juste avant de nous congédier, il confie tout de même une vieille carte à Theucis. Tout le monde part ensuite préparer ses affaires, sauf Ioreth, qui reste en arrière pour discuter avec le moine.

Le voyage vers Eauforte se passe sans encombre, mais notre arrivée en ville est moins évidente. Les portes sont fermées et les gardes à cran. Ils ont entendu parler d’une armée de morts-vivants dans la région. Theucis manque de faire dégénérer la situation, mais nous finissons tout de même par entrer.

Nous allons immédiatement rendre une petite visite au capitaine Feuilleherse. La ville semble encore moins peuplée que lors de notre dernière visite. Le capitaine paraît soucieux et nous explique qu’une grosse troupe de squelettes nains ont été aperçus dans la région, et qu’il craint pour la sécurité de la ville. Nous nous portons volontaires pour aider à la défense de la ville en cas de besoin.

Le lendemain, après le déjeuner, Feuilleherse nous fait mander. Il a reçu un rapport de l’un de ses éclaireurs, faisant état d’un squelette géant et d’un gobelin rachitique voyageant vers la Chute du Dragon. D’après lui, cet endroit serait la tombe d’un puissant dracoliche. C’est un lieu maudit, rempli d’énergie maléfique… Feuilleherse voudrait que nous nous occupions de cet étrange couple avant qu’il ne commette quelques méfait. Mes compagnons acceptent.

Je décide de rester en ville pour aider la milice. D’une part, je me sens plus utile auprès de ces pauvres gens, d’autre part, je ne suis pas convaincu de nos chances de succès si le squelette géant est celui qui nous a massacré la dernière fois.

Le reste de la journée se passe dans une attente anxieuse. Qui verrais arriver d’abord, mes compagnons victorieux ou une horde de morts-vivants ?

En début de soirée, la bonne nouvelle se répend comme une trainée de poudre : un groupe d’aventurier revient vers la ville, arborant fièrement la tête d’un énorme squelette et le corps d’un nécromant gobelin. Je suis parmi les premiers en ville à aller les féliciter. Je m’en veux un peu de n’avoir pas osé les accompagner, mais au final, ils s’en sont bien sortis et c’est le principal.