Suite à leur glorieuse victoire, mes compagnons n’aspiraient qu’à prendre un peu de bon temps. Malheureusement, la vie d’aventurier ne laisse pas toujours de temps aux délassements. D’abord, les formalités administratives avec Feuilleherse, bien sûr, qui nous suggéra de nous organiser en compagnie d’aventurier. J’étais assez d’accord, ça nous simplifierait la vie dans beaucoup de contrées, et ce n’est guère contraignant.
Le nom que nous avons retenu fut “compagnie de Coeursoleil”, le nom que j’avais proposé. Seul Theucis semblait ne vraiment pas l’apprécier. Nous avons laissé une partie des statuts de la compagnie en suspens parce que la foule se pressait à la Choppe Verte pour parler aux nouveaux héros.
En soirée, Je suis allé prier dans le seul temple de la ville, pour avoir autant de calme. C’était sans compter sur Theucis qui est arrivé, sur les bras Che-Khan. Le tieffelin était mal en point, et ils venaient chercher l’aide de prêtre, qui ne put d’ailleurs pas faire grand chose… Le fou s’était appliqué un morceau de métal chauffé à blanc sur la poitrine, sans doute pour cacher le tatouage sur son cœur. Nous l’avons ramené à la taverne et mis au lit.
La raison principale pour laquelle la vie d’aventurier n’est pas reposante, c’est que si vous restez sur place un petit moment, vous êtes vite connu, et c’est vers vous qu’on vient pour régler toute sorte de petits problèmes agaçants. Avec la nouvelle notoriété de mes compagnons –dont je profite aussi– bien sûr, ça n’a pas raté.
Raumandar, un employé du bazar d’Eauforte, est venu nous trouver dès que nous avons pu souffler un peu. Une affaire de Racket. Un certain “seigneur des ombres”, chef de la pègre locale, prétendait soutirer aux commerçant une taxe de protection que la patronne de Raumandar ne souhaita pas payer. Les sbires dudit seigneur se faisaient menaçants, et le pauvre homme craignait de prendre un mauvais coup…
Nous pouvions difficilement refuser d’aider le pauvre homme. Même Theucis et Che-Khan semblaient plutôt partant, bien que la récompense promise ne soit pas bien grande. Je crois qu’ils ont déjà eu à faire à ces malandrins et qu’ils sont ravis de leur mettre les bâtons dans les roues.
Nous nous sommes donc mis en planque, dans et autour du bazar, pour tenter de voir le racketteur et de le suivre jusqu’au repère de la bande. Une fois sur place, on passerait à la méthode musclée.
Malheureusement, tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Un homme est bien entré, a exigé de l’argent, puis est ressorti. Nous l’avons suivi, mais il s’est douté de quelque chose et a pris la fuite vers le quartier le plus pauvre de la ville. Un vrai coupe gorge : des ruelles et des culs de sac… Pas étonnant que la lie de la ville s’y cache. Quoi qu’il en soit, nous avons perdu sa trace, et toute la bande doit savoir que nous sommes sur leur piste. Et donc, ils vont se méfier, maintenant.
Nous sommes retournés à la taverne discuter de la manière de gérer la suite. Maxence et moi resterions au bazar pour protéger les employés pendant que le reste du groupe irait à la pèche aux infos. Tout s’est bien passé de notre côté, mais il semble que la journée de nos amis ait été agitée.
De ce que j’ai compris, Theucis a encore fait des siennes, devant le manoir Luneflamme, la demeure de la famille dirigeante d’Eauforte. D’après Ioreth, le tieffelin aurait tenté d’obtenir un sceau de réquisition, afin de pouvoir se procurer du matériel magique gratuit. Theucis et Che-Khan contestent la version d’Ioreth, mais Icariel la confirme. Inutile de dire à qui je fais le plus confiance. Heureusement, la rumeur impute l’échauffourée qui s’en est suivi au seigneur des ombres.
De ce que je sais, nos compagnons se sont séparés en cours d’après midi, certains continuant la chasse aux infos, d’autres attendant un certain Curuvar, un mage, à la Choppe Verte. Je suppose que ce dernier a des informations valables.
De notre côté, la nuit vient de tomber, rien à signaler de toute la journée. Maxence et moi continuons les tours de garde au bazar. Plus aucune nouvelle des autres depuis quelques heures. Je suppose qu’ils ont trouvé une piste…

